mardi 5 octobre 2010

Les troubles de l'attachement

J'ai eu d'immenses difficultés à aimer mon enfant qui souffrait de troubles graves de l'attachement. En fait, je rêvais régulièrement qu'elle mourait, un bête accident, j'étais toujours absente, ça arrivait malgré moi. Je rentrais à la maison, la gardienne me disait qu'elle était montée sur le toit, qu'elle en était tombée, morte sur le coup, je pleurais évidemment et facilement, mais tout ce que je ressentais réellement était un immense soulagement. Enfin, ma vie allait retrouver un sens, j'étais libre. Ces rêves me causaient une immense, grandiose, effrayante culpabilité. J'en étais à avoir peur de l'endormissement. Ils revenaient toujours. Parfois, elle s'était noyée dans la piscine du voisin ou étouffée au restaurant ou bien elle avait péri dans un incendie. Je n'étais pas là. C'était le destin. Soir après soir. Bien sûr, j'ai consulté. On consultait déjà en psychiatrie. J'ai pris une psychologue, pour moi, spécialisée en troubles de l'attachement. Elle n'a jamais vu ma fille. Mais elle a tout compris, tout de suite, et m'a apporté une aide inestimable, sans prix (même si ça coûtait une fortune! héhé!). Elle a été ma bouée de sauvetage. J'ai recouvré mon estime personnelle grâce à sa compétence.

Ce qui afflige tant les parents d'enfants en trouble grave de l'attachement, c'est probablement cette ambivalence coupable qui les habite. D'ailleurs, pour déterminer la gravité des troubles d'un enfant, c'est le parent qu'il faut regarder, surtout la mère, ces enfants s'en prenant moins au père, moins menaçant le père, plus absent aussi. Bon, alors regardez cette mère, elle a tant voulu cet enfant, en a rêvé, l'a désiré avec une violence inouïe, est tombée en amour avec avant même de recevoir sa photo, a phantasmé en prendre soin, accueillir ses sourires, murmurer son nom, se faire appeler maman. Cette femme a été évaluée par un ou une professionnelle, qui l'a déclarée apte à adopter, à devenir mère, saine d'esprit donc et compétente, cette future maman. Observez-la un an après l'arrivée de l'enfant. Renfermée, la larme à l'oeil, grossie ou bien amaigrie, insomniaque, elle n'est plus que l'ombre d'elle-même. Elle ne sort plus du tout ou bien court de spécialiste en spécialiste. Son couple va mal. L'enfant? Si vous les visitez (imposez-vous, les parents n'invitent plus depuis longtemps), il vous apparaîtra charmant, vif, se glissera sur vos genoux, vous prendra par le cou, voudra partir avec vous. La mère sera soit distante, soit contrôlante (à vos yeux), elle vous l'enlèvera des genoux, il fera alors une mine tellement triste que vous aurez envie de le rescaper. Dans la voiture, au retour, vous direz à votre conjoint "On dirait que Véronique ne l'aime pas, son petit Benjamin. Tu as vu comme il voulait s'en venir avec nous? Il a l'air vraiment malheureux. Et il est si adorable!"

Partout, la mère de cet enfant entendra et lira qu'avec de l'amour et du temps, les troubles se résorberont. Mais plus le temps passe, plus cet enfant fait des crises, avec elle, les crises! Avec les autres, il est charmant. Il ne veut pas quitter la garderie quand elle vient le chercher, s'accroche aux éducateurs. Elle doit le leur enlever de force. Valorisant? Pas tellement. Si cette mère n'a que ce seul enfant, comment se sent-elle? Son entourage la laisse tomber, de plus en plus persuadé que cet enfant est maltraité. Pourquoi la rejetterait-il avec autant d'emphase si sa vie avec elle était agréable et aimante?

Mon propre père, auquel ma fille s'accrochait avec l'énergie du désespoir, m'a demandé si je la battais! Quand on en est rendu là, on est pas mal seule dans l'aventure parentale.

Il m'aura fallu ma super psychologue, pour me faire comprendre à moi, que le temps n'arrangerait pas les choses, que ma fille avait un trouble grave de l'attachement, qu'elle ne pouvait pas s'épanouir dans un milieu familial, que l'amour d'une mère l'écrasait, qu'elle avait besoin d'un milieu neutre et très encadrant, qu'en lui procurant un tel milieu, je répondais à ses besoins et, loin de l'abandonner, j'étais présente pour elle, d'une façon qui lui convenait vraiment.

26 commentaires:

Michèle a dit...

J'y crois. Et je répète souvent à mes enfants qui crient à l'injustice "La vie est injuste".

Je n'ai pas l'impression d'aimer plus ou moins un de mes enfants (tous naturels et sans trouble de l'attachement).

Mais je ne suis pas équitable. Je recherche davantage la compagnie de l'une, je déborde de fierté pour l'autre, je ressens un soulagement quand un troisième m'annonce qu'il découche tandis que le quatrième me manque terriblement quand l'absence s'étire trop.

Pour les sous aussi c'est inéquitable. Les cours de conduite, les grands besoins scolaires des presque adultes... Un jour ce sera ton tour.

Une femme libre a dit...

Oups! J'ai coupé la première partie de mon billet et changé le titre car il s'était métamorphosé tout seul en billet sur les troubles de l'attachement!

L'équité parentale... je vais y revenir bien certainement, Michèle. Mais bien simplement, je pense comme toi, tout à fait! La vie est injuste et nous, comme parents, on répond aux besoins et c'est là notre rôle. À force de donner rigoureusement égal, on prive celui qui en a besoin au moment où il en a besoin et ça, il ne le faut pas.

J'aime aussi énormément mes enfants, tous, et mon Petit-fils plus encore en dirait. L'amour se multiplie!

Marico Renaud a dit...

Belle femme libre.
D'accord avec toi et Michèle. Ça m'a toujours semblé un mythe, l'amour parental partagé rigoureusement entre les enfants comme une tarte aux pommes! Petite fille, j'en étais convaincue, grand-maman, je n'ai pas changé d'avis. Les enfants ont besoin, généralement pas tous en même temps! Pourquoi ne pas trier dans les besoins exprimés, surtout ne pas tous les exaucer et pas complètement. Leur autonomie à venir en dépend!
Dans ma vie, il y a 6 enfants et j'ai des affinités certaines avec quelques-uns, moins avec d'autres, ceux-là je les aime pour autre chose! Au final, on les aime tous n'est-ce pas?
D'accord, j'ai aussi une tendresse particulière pour mes petits-enfants!

Joan Durand a dit...

C'est la première fois que j'entends parler du trouble de l'attachement. Ça m'a touchée...

unautreprof a dit...

Femme Libre, chapeau pour votre franchise. Les troubles graves d'attachement ne se guérissent pas à force d'amour, non. Cette douleur que porte ces enfants est viscérale.
Je connais des collègues qui ont vécu cela, qui vivent cela avec leur enfant adopté.
Ça a dû être un deuil bien difficile, mais nécessaire.

Josie a dit...

Ouf! Que ça doit être difficile à accepter!

Mais nos besoins sont rarement les mêmes pour les autres...

Merci d'en parler, ça fait ouvrir les yeux et rester aux aguets!

Et tellement bravo pour votre cheminement!

Solange a dit...

Une situation bien difficile à vivre et à comprendre, c'est bien d'en parler. Une période qui a du être très pénible pour vous.

Mayieve a dit...

J'en ai entendu parler beaucoup, mais je ne savais jamais c'était quoi exactement. J'ai aimé votre billet. C'est vrai que nous avons tendance à sauter aux conclusions et de penser qu'un enfant est maltraité lorsqu'il agit de la sorte.

_MlleB a dit...

Je suis émue. Comme ça dû être difficile!

Petite libellule a dit...

Oh! Comme ça n'a pas dû être facile à vivre... Chapeau pour avoir trouvé la force de passer au travers!

Anna-Belle a dit...

Votre texte est très touchant, ça doit être tellement difficile à vivre...

Chemise Rouge a dit...

Ouf !!! Merci pour ce billet.

Par contre, c'est vrai (et je ne me fie qu'à mon cas) que c'est plus facile pour le père... en apparence. Mais le découragement, parfois, est tout aussi présent. Peut-être moins émotif disons.

herbert a dit...

Bonjour, Femme libre.

En chaque phrase ,je sens tellement la franchise les rives de la douleur et toujours l'émotion.
Chacun, peu ou prou, se retrouve en cet écrit.
Merci beaucoup.
Je t'embrasse.

Une femme libre a dit...

C'est pas vraiment vrai que j'ai eu de la difficulté à l'aimer. En fait, l'amour était très fort et ça causait problème. Angoissant pour elle, cette mère qui recherchait la proximité émotive. Elle réagissait fortement, elle avait réussi à m'éloigner physiquement en faisant pipi dès que j'approchais, méthode plutôt efficace, c'était et c'est toujours une fille intelligente! Elle avait quatre ans et trois mois à son arrivée, s'occupait de tous ses soins de base toute seule, donc pas moyen de l'approcher par ce biais non plus. J'étais assez démunie devant cette enfant qui me boycottait si systématiquement, qui cassait les carreaux de mes belles portes françaises, qui se détachait et se mettait toute nue dans la voiture. J'ai fini par rencontrer des parents qui vivaient le même enfer que moi, et il y en a plus qu'on pense. Aidant de partager son malheur. Heureusement que j'avais deux autres enfants avec lesquels ça allait bien lors de son arrivée. Pour un parent qui vit sa première expérience parentale avec un enfant en trouble grave de l'attachement, c'est encore plus destructeur pour l'image de soi.

Chère Marico, on sait instinctivement ce qu'il faut faire, je pense. Ne pas céder au chantage des jaloux, surtout pas. On les aime tous, absolument, pas pareillement, pas également, mais on les aime tous différemment. Et on fait pour le mieux et il faut se faire confiance, n'est-ce-pas?

Une femme libre a dit...

Vous lirez là-dessus, Joan. C'est un problème plus répandu qu'on ne le croit, particulièrement dans le monde de l'adoption. Tous les parents adoptants ont des défis d'adoption avec leurs enfants adoptés, la plupart du temps, ça finit par se régler, mais quand le problème est grave et qu'il y a un diagnostic psychiatrique de trouble de l'attachement, c'est tout autre chose. En général, il y a eu de graves manques dans la toute petite enfance, avant deux ans, des ruptures, de mauvais soins, de la maltraitance, aucune figure d'attachement significative.

Je suis contente que vous compreniez, Un autre prof, c'est un trouble si mal compris. Mais on en parle de plus en plus. Quand j'ai adopté cette petite fille, il y a dix-sept ans, le diagnostic psychiatrique a été "trouble de l'adaptation", quand j'ai demandé le dossier de l'hôpital à la psychiatre, sept ans plus tard, pour les centres Jeunesse, le diagnostic était devenu "trouble sévère de l'attachement".

Josie, quand le père de mon bébé désiré par les deux m'a laissée en fin de grossesse pour une autre femme, j'ai cru que c'était la pire épreuve de ma vie, mais ce n'était rien comparé à la souffrance et à l'inquiétude reliées à l'adoption d'une enfant en trouble grave de l'attachement, surtout que je ne connaissais rien au phénomène et que je pensais que l'amour peut tout!

Une femme libre a dit...

Une période pénible (et longue!) en effet, Solange. Ça ne fait pas si longtemps que je peux en parler avec un certain détachement. Ma fille est toujours là, elle fait sa vie qui n'est pas facile, je ne veux pas recommencer à m'inquiéter.

Et il y a des cas où un enfant est maltraité pour vrai, Mayieve, ils ne sont pas tous en trouble de l'attachement!

Je n'avais pas vraiment le choix de passer au travers, Petite Libellule. J'avais d'autres enfants, et je m'avais moi, mais son adolescence a été horrible. Elle se mettait tellement en danger que je ne dormais tranquille que lorqu'elle était en sécurité dans un centre d'accueil à sécurité maximale. Ces centres n'existent plus aujourd'hui, les jeunes sont libres d'aller et venir. Avec une telle liberté qu'elle ne savait pas assumer, elle ne serait plus en vie aujourd'hui, j'en suis certaine.

Très difficile, Anna-Belle, j'espère que des parents qui vivent cet enfer me lisent et que je puisse leur apporter un peu de réconfort. On s'en sort, je m'en suis sortie. Avec de l'aide. Faut aller chercher les ressources appropriées.

Une femme libre a dit...

Mlle B, oui, mais ça m'a beaucoup, énormément appris. Changée, modifiée, écorchée aussi, mais je comprends plein de choses qui m'échappaient avant. Enrichie en quelque part. Et une personne n'est pas qu'un diagnostic. J'ai toujours espoir et confiance. Ma fille s'en tirera, je veux le croire.

@Chemise Rouge. Je connais personnellement des histoires où l'enfant en trouble de l'attachement a ébranlé un couple qui était très uni et solide avant son arrivée. Si vous étiez un nouveau papa, qui laisse sa femme tous les matins avec votre nouvel enfant, pour la retrouver échevelée tous les soirs, au bord des larmes, pressée de vous raconter les crises de Junior, de vous montrer les objets brisés et si Junior vous sautait dans les bras, vous disait Papa (le premier mot français qu'il a prononcé), ne vous lâchait plus et poussait des hurlements de terreur à chaque fois que la maman s'approchait, si la situation se reproduisait pendant des mois, que le petiot n'en faisait absolument jamais de crises avec vous les fins de semaine, qu'il était absolument normal et charmant en votre présence, ne seriez-vous pas tenté de mettre la parole de votre femme en question, d'autant plus qu'elle semble de plus en plus folle votre femme, qu'elle oublie tout et pleure tout le temps?

Il y a moins d'émotion et de douleur qu'avant, heureusement, Herbert. J'ai pris du recul, il le fallait. Merci de votre commentaire, mon ami.

Éléonore a dit...

Ton billet me touche énormément Femme Libre, à tel point que je l'ai lu 3 fois en 3 jours différents avant d'y répondre.

J'en ai déjà parlé ici http://yadesmots.blogspot.com/2010/06/on-pense-toujours-que-ceux-quon-aime.html

J'ai déjà lu sur ce sujet le magnifique livre de Claudette Rivest L'épreuve de l'abandon et l'état d'insécurité affective. Je sais que la "différence" de ma fille se situe ailleurs, peut-être du côté d'une forme atténuée d'autisme, mais il y a des similitudes douloureuses.

Déjà bébé elle était différente, elle semblait toujours soulagée d'aller au lit, j'ai toujours mis cela sur le compte de ses problèmes de santé (torticoli congénital, déplacement de l'avant-dernière vertébre cervicale, inflamation chronique, douleur, etc) Je croyais qu'en position couchée elle était soulagée, peut-être était-ce vrai, mais peut-être aussi n'avait-elle simplement plus envie de nous voir ?

C'était une enfant solitaire qui n'aimait pas entrer en relation avec les autres, qui n'aimait pas parler au téléphone avec ses grands-parents, qui n'aimait pas les pères Noël et les mascottes, ni les foules, ni les fêtes d'enfants. Avec les adultes en autorité elle ne montrait aucun attachement et j'avoue que la plupart ne s'attachait pas elle non plus à elle (ce qui est tout le contraire de sa soeur ainée qui aura conquis tout le monde partout ou elle passe)

Combien de fois j'ai du la défendre, expliquer, dénouer, réparer etc. La première année scolaire fut particulièrement difficile et je dois une fière chandelle à un prof pour son aide. Ma fille pleurait toujours en classe devant la moindre faute et pourtant c'était une surdouée. Ho ironie être si peu douée pour les relations humaines et par ailleurs comprendre tout ce qui est académique avant tout le monde.

Le début du secondaire a été également très pénible, les choses se sont particulièrement dégradée entre nous, elle avait choisi une option de spectacle qui en fait est tout le contraire de sa personnalité et tout ce stress de "paraître" la minait énormément.

Le stress... toute situation stressante la mettaient dans une condition de "haut-voltage", même dans son coprs , sa tenue, ça se sentait. Elle devenait alors odieuse. Et moi qui était son rempart, son protecteur, j'étais aussi son punching bag :(

Même quand je m'éloignais d'elle physiquement pour éviter la confrontation, elle me suivait, comme si elle avait besoin d'un exutoire...

Heureusement, la découverte de la photo a été pour elle un agent incroyable de transformation et une carte de visite dans le monde relationnel.

Aujourd'hui, elle est plus sociable, mieux adaptée, plus ouverte, même qu'elle a tout de l'étudiante et de l'employé modèle... mais j'ai fait mon deuil des je t'aime, des calins, de la complicité, etc.

Je n'ai jamais cru à l'amour inconditionnel, un amour sans retour, même un tout petit bébé donne de l'amour par son sourire, ses yeux, ses rires, même un chat ronronne et se frotte en retour d'une caresse. Je dois donc avouer qu'il est difficile d'aimer certains enfants à cause du peu de retour qu'il nous donne. On doit travailler plus fort et se contenter de peu en se disant que ce n,est pas par méchanceté qu'elle agit ainsi...

N'empêche que je rêve toujours qu'elle me dise spontanément et chaleureusement, comme les deux autres, je t'aime maman...

Dernièrement, je me suis dis que ce serait bien pour moi de consulter à ce propos, ton billet me le comfirme.

Je peux donc comprendre ce que tu as vécu, ce que tu vis encore.

Mamzell_McJ a dit...

J'ai entendu parlé que très récemment des troubles de l'attachement. Vous le decrivez si bien, comme tout ce que vous faites d'ailleurs.

Ce billet est très touchant.

On a pas le soi de faire un peu d'introspection en tant que parent à sa lecture.

Une femme libre a dit...

J'y crois, moi, à l'amour inconditionnel envers son enfant, Éléonore. Sinon, les parents d'enfants vraiment autistes n'aimeraient pas leurs enfants et j'en connais personnellement de ces parents qui les adorent (des jumeaux, un plus gravement atteint que l'autre). Leur vie n'est pas facile mais aucun doute, ils les aiment ces enfants qui ne leur sourient pas et semblent ne pas se soucier de leur présence. Il y a des enfants plus faciles à aimer que d'autres, mais chez chacun d'eux, il y a quelque chose d'aimable, si on cherche bien. C'est ce filon d'amabilité qu'il faut exploiter. Et puis, on n'a pas des enfants pour qu'ils nous aiment, on est là pour les élever, les faire grandir de notre mieux. Une fois la job faite,on peut devenir amis... ou pas.

Une femme libre a dit...

Juliette fée carabosse,

Merci!

Éléonore a dit...

"Et puis, on n'a pas des enfants pour qu'ils nous aiment, on est là pour les élever, les faire grandir de notre mieux."
en théorie non, en pratique oui, car si personne ne trouvait de renforcement positif dans le fait d'avoir un enfant, personne en aurait plus d'un.
Mes tantes me disaient toujours, pour me consoler, que malgré son alcoolisme mon père m'aimait beaucoup. C'est possible que oui, c'est possible que non. Je n'en ai pas vu grand preuve dans le concret.
Le geste c'est l'incarnation de l'amour et son carburant.

Cela dit j'ai écrit qu'il était plus difficile d'aimer certaines personnes pas impossible ;)

Mijo a dit...

Je n'en avais jamais entendu parler avant de lire les billets qui en parlent dans votre blog.

Que dire ?
Rien. Car je pense que c'est inimaginable tant que nous n'avons pas vécu une telle situation mais le coeur de maman a du et doit tellement saigner.

Est-ce que le trouble de l'attachement est aussi violent à l'égard de la fatrie ?

Une femme libre a dit...

Mais bien sûr qu'on en a plus qu'un quand ça ne marche pas avec le premier, Éléonore. L'espoir que ça aille mieux avec le deuxième, un désir de réparation. J'ai été famille d'accueil, j'ai aussi eu une enfant en banque mixte. Les mères à qui on enlève leur enfant ont très souvent le réflexe d'en faire un autre, on le leur enlève aussi et il y a récidive, encore et encore. Ceci dit, vous n'avez jamais dit que vous n'aimiez pas votre fille, juste que vous auriez aimé qu'elle vous le dise des fois, qu'elle vous aime. Je vous comprends, de tout mon coeur. Mais je pense vraiment qu'il va falloir accepter que ce ne soit pas le cas et qu'elle soit différente et apprendre à l'apprécier pour ses différences aussi, sans la comparer à vos deux autres affectueux. Bon, je suis pas très fine avec vous, moraliste un peu, j'espère que vous allez continuer à m'écrire quand même. Je vous aime beaucoup!

@Mijo. Vingt-et-un ans est très extrêmement proche de Seize ans. Elles ont un lien incroyable. La psycholoque me disait que ça serait comme ça tant que Seize ans ne s'opposerait pas et c'est vrai qu'elle ne s'oppose pas à sa soeur adorée. Mais quand même, c'est porteur d'espoir, ce lien entre les deux. Avec Dix-neuf ans aussi, il y a des liens, orageux souvent, mais réels. Avec le grand frère, Vingt-et-un ans avait coupé tout contact. Elle l'a revu tout dernièrement chez moi, par hasard et ça s'est bien passé.

Éléonore a dit...

Bien sûr que je vais continuer à t'écrire :)
Même que je suis accro de ton blog moi ! C'est qu'on ne discute pas avec les gens ininteressants et toi tu es tout sauf ininteréssante (en passant merci pour ta réponse en privé à propos de mon autre fille, je la garde en mémoire, elle fait son chemin )

Je ne crois pas que l'on fasse des enfants "pour nous", la-dessus on est d'accord. C'est un problème de société ça, les gens font de plus en plus d'enfants pour eux même. Ils mettent l'enfant dans une case, comme la carrière, les biens matériels, la vie sociale, les amours, le sport, etc, et déplacent les cases à leur guise en fonction de leurs intérêts, parfois ça marche, souvent ça ne marche pas et s'ensuit alors de nombreuses déceptions sur la vie parentale (et de nombreuses cassures sur le lien d'attachement)

Ceci dit (selon ma conception qui est peut-être erronnée) l'humain normalement constitué agit parce qu'il y trouve son dû (sa récompense), par exemple, nous pouvons manger de la nourriture insipide pour survivre mais nous ne pouvons pas prétendre y prendre plaisir et aimer cela. On le fait pour survivre, mais on peut aussi se laisser mourir de faim peu à peu (la récompense devient insuffisante).

Tu écris "L'espoir que ça aille mieux avec le deuxième, un désir de réparation." à propos des parents qui se font retirer leurs premier enfant. Ton exemple est bon, mais justement dans leur dysfonctionalité ne sont-ils pas toujours à la recherche de ce lien d'amour, ce renforcement, ce carburant ?

Je l'aime en effet ma fille, sinon je n'en parlerais sans dout même pas, mais c'est une amour qui "marche sur des oeufs" c'est fatiguant. Mais je sais qu'elle a fait d'énormes progrès en terme de relations sociales depuis 4 ans, passant de petit hérisson, à miss photographe de mode et joli brin de fille, de cas problème dans un club à employé modèle dans une boutique.
Pour ma part j'ai aussi appris que je ne devais pas être avec elle dans certaines conditions de stress (comme je ne vais plus avec elle en compétition de sport, je laisse cela à son papa)

C'est drôle que tu parles de la relation de ta 21 ans avec 16 ans. Ici depuis 2 ans, ma plus jeune est devenue physqiuement très proche de sa soeur ainée. J'insiste sur physiquement car ma plus jeune n'est pas très forte sur les contacts physiques (sauf pour se faire jouer sans fin dans les cheveux ce dont je ne me prive pas lol) Mon autre fille la bouscule, la renverse, la bécotte, la chatouille et l'autre se laisse faire et même visiblement apprécie. Je suis heureuse de cette complicité physique qui a débouché sur quelque chose de plus profond et de très précieux...

Bref, j'aime bien discuter avec toi :)

Anonyme a dit...

en vous lisant je comprends très bien le problème d'attachement chez votre filles. Le problème n'est pas votre fille il est entre vos 2 oreilles.