samedi 22 juin 2013

Les yeux de ma fille

Je suis allée faire l'épicerie avec ma malade aujourd'hui. Une demande de sa part. Depuis qu'elle est sortie de l'hôpital et qu'elle ne fait plus de massages érotiques, ils sont bien pauvres. Le chum livre les journaux et elle a le minimum de bien-être, soit à peu près 600$ par mois. On est allées au Costco. Elle était jolie et maquillée, avec des faux-cils, mais ne portait pas de vêtements sexy, à ma demande. Tout se passait bien. Elle est au neutre mais fonctionne correctement. On remplissait et remplissait le panier. Au point de devoir aller en chercher un autre! On était rendues dans l'allée des pâtes et de la sauce marinara quand elle me dit doucement. "Maman, depuis que j'ai les nouveaux médicaments (injections pour sa schyzophrénie), des fois j'ai des problèmes avec mes yeux et là, j'en ai." Je la regarde, les yeux sont totalement révulsés, plus de couleur, que du blanc. Restons calme, Une Femme libre, restons calme. Tu es la Mère, la sage, celle qui sait, celle en qui on a confiance. Calme-toi, bon sang! "Peux-tu fermer tes yeux, ma Poulette?" que je lui dis de mon ton le plus normal. "Oui". Excellent! Alors, tu les laisses fermés et tu tiens le panier et je te guide. On va faire comme si tu étais aveugle.

J'appelle son chum et lui demande de venir en taxi, ma fille ne pouvant évidemment pas conduire. On arrête nos achats et on va se mettre en file à la caisse. "Je m'occupe de tout. Relaxe, chérie." Je la conduis à sa voiture (heureusement qu'elle a pu la retrouver!) "Tu t'assois dans la voiture, garde tes yeux fermés et écoute de la musique. Tout va bien aller. je m'occupe de tout. Profite du fait que je sois encore jeune et en forme!" Alors je mets tous les trucs dans la voiture et j'ai même le temps de retourner acheter ce qui manque.

Le chum arrive. Ils s'en vont, la voiture chargée. Ma fille a les yeux un peu moins révulsés. Comme c'est déjà arrivé, il y a des médicaments à prendre contre cet effet secondaire.

Et je suis de retour chez moi. Ça ne va pas si bien que ça, je trouve. J'ai beau vouloir être positive, aujourd'hui, c'est difficile. Évidemment, ça pourrait être pire. Mais mausus que ça pourrait aussi être mieux. Toute sa vie elle aura à prendre des médicaments qui ont des effets secondaires énormes et imprévisibles. Elle est toute jeune, elle est si jeune. Je souffre pour elle, je souffre avec elle. Je souffre.

14 commentaires:

Nanou La Terre a dit...

On les aime tant nos enfants, normal que tu sois tout à l'envers Femme Libre. Prendre le temps que ça passe, tu es humaine avec un si grand coeur xxx

Pierre Forest a dit...

C'est terrible et ça fait peur. J'admire votre façon d'être restée calme quand ça s'est produit. Les effets secondaires de certains médicaments sont parfois importants, mais l'alternative consistant à s'en passer n'est pas non plus nécessairement envisageable.

Ma conjointe a dû être réopérée lundi dernier, parce qu'après l'analyse détaillée des ganglions extraits, ils y ont finalement trouvé d'autres traces de cancer.

Ils recommandent donc maintenant la chimiothérapie et la radiothérapie, mais après avoir lu tous les effets secondaires possibles de ces traitements (toxiques, disons-le), elle est à balancer les probabilités que ça lui soit salutaire, que ça lui laisse des problèmes de santé sévères ou même que ça la tue. Enfin...quand on se met à lire sur le sujet, on constate que c'est beaucoup moins clair et limpide que ce qu'on nous affirme.

Solange a dit...

Je comprends votre réaction, si jeune avec autant de problèmes et pas le choix de faire autrement.

Une femme libre a dit...

Ça me toucherait même si ce n'était pas de ma fille dont il s'agit, Nanou. La maladie est injuste, point.

Pierre,
Je me répète, la maladie est injuste. Il faut se battre. Votre femme fera pour le mieux,les médecins aussi. Pour celui qui soutient l'autre et tient le fort, pas si facile non plus. Plus dur des fois!! Et les enfants, misère... pas juste pas juste, bon!

Solange,
Je suis dans l'apitoiement et j'y reste un peu avant de me reprendre en mains. L'ai textée (merci merveilleux Iphone dont je ne me passerais plus!) ce matin et elle a écrit que ses yeux étaient corrects. En tout cas, ils ne manqueront pas de nourriture, j'ai acheté sans compter, ils en ont pour longtemps.

Une femme libre a dit...

Quand je lis dans l'internet, il y en a tant d'effets secondaires à ces anti-psychotiques. Ce sont pourtant des médicaments de nouvelle génération bien mieux tolérés que les anciens. Et on blâme les malades de les arrêter! Pas certaine que je tofferais la run. Diabète, obésité, cholestérol, ne plus bander ni jouir, convulsions, yeux révulsés, mouvements incontrôlables, constipation et lalalère et il y en a encore tout plein comme
ça.

La Mère Michèle a dit...

xxxxxxxx

Pur bonheur a dit...

À la lecture de votre billet, je constate encore une fois à quel point mon frère était pour moi mon enfant, car j'ai versé des larmes en vous lisant. Il avait lui aussi des effets secondaires et tout ce que j'ai pu lui dire pour qu'il ne cesse pas les traitements! Toutes les fois où je lui ai parlé en le regardant directement dans les yeux, pour lui donner confiance, de ne pas abandonner sa médication, qu'il n'était pas conscient de son état quand il lâchait tout que ce n'était plus lui! Il me faisait confiance et continuait! Vous êtes une mère admirable femme libre!

unautreprof a dit...

C'est vrai que c'est injuste. Je suis désolée pour vous. Je trouve que c'est un beau moment d'une certaine façon entre vous. Elle a fait appel à vous, vous avez vécu ceci ensemble. Elle est bien chanceuse de vous avoir.

Une femme libre a dit...

La mère Michèle, Merci!

Pur Bonheur, il s'est suicidé votre frère? Car il y a toujours ça qui nous pend au bout du nez, que le malade en ait assez et qu'il(elle) décide d'en finir. Ça a bien failli être le cas pour ma Poulette si le vieux Snock ne l'avait pas découverte à temps. Il s'était suicidé comment, votre frère, si ce n'est pas indiscret? Ma fille, elle, a tenté de se pendre. On se comprend très bien en tout cas vous et moi. Famille et amis de malades mentaux, même combat, même souffrance.

Un autre prof, vous ne vous pouvez plus de positivisme. C'est bien, j'en avais besoin! Merci, chère! ;o)

Pur bonheur a dit...

Non, mon frère ne s'est pas suicidé. Il est décédé d'un infarctus à 37 ans. Le médicament ralenti beaucoup le métabolisme et il était devenu très sédentaire et avait une mauvaise alimentation. Il avait pris 30 lbs dans l'été, et est décédé en octobre. L'artère coronaire droit bloqué à 100%. Psychologiquement, il était au top. J'avais enfin retrouvé mon frère, il n'était plus malade (dans sa tête). J'ai au moins eu cette joie, ces trois années où j'ai pu lui parler tous les soirs au téléphone, aller dîner au resto avec lui et ma mère tous les vendredi. Je crois que c'est pour ça que j'ai eu si mal, parce qu'il était redevenu lui-même et que je l'ai perdu pour de bon...

unautreprof a dit...

En fait, j'ai toujours perçu que votre fille ne faisait pas facilement appel à vous, d'où le positivisme.

Une femme libre a dit...

Pur Bonheur, il est mort bien jeune votre frère. Je comprends qu'il vous manque...

Unautre prof, c'est vrai, elle ne fait pas souvent appel à moi et j'ai été contente de lui rendre service.

Mélanie a dit...

En lisant ce message j'ai tellement pus comprendre comment mes parents de sentent par rapport à moi et ma maladie ... Ma médication qui m'aide d'un côté mais scrap mon corps de l'autre ...

Ce message porte tellement à réflexion, merci encore une fois !

Une femme libre a dit...

J'ai téléphoné à son infirmier, Rosabelle Mélanie. Il dit que les yeux qui révulsent, c'est pas un effet secondaire grave et qu'ils vont pouvoir le contrôler. Rien qui l'énervait en tout cas. La médication est mieux que sans médication alors c'est ça qui est ça et faut vivre avec! Heureusement qu'il y en a de la médication sinon les maladies seraient incontrôlables! S'apitoyer ne mène à rien, mais j'ai tellement pas besoin de te dire ça à toi et probablement que tes parents, une fois la douleur et le choc passés, prennent ça aussi bien que toi tu le fais. Le positivisme entraîne le positivisme.