dimanche 5 avril 2015

DPJ

Ma fille a mal dormi. "Je suis inquiète pour le fils de Joblo." Ils faisaient équipe tous les deux lors des colères du paternel. Ne pouvaient pas se parler et ne s'opposaient jamais au King de la maison mais se donnaient du support silencieux du regard. Elle me raconte ce que le petit devait endurer. Tu devrais appeler la dpj, juste pour t'informer si c'est assez pour faire un signalement. Elle le fait. On la laisse et on va dans une autre pièce (une de ses amies est ici). Quand c'est fini, elle dit que le signalement n'a pas été retenu. 

Me semblait pourtant qu'un enfant qui vit dans la peur, ne peut pas s'exprimer librement, reçoit une fessée s'il n'a pas mangé tout son lunch, n'a pas le droit de déranger le matin même si les parents se lèvent seulement dans l'après-midi (pas vrai, me dira ma fille, il a le droit de demander une collation une fois, le père dit oui ou non et ça finit là), un enfant qui est témoin de violence conjugale et obligé de prendre parti (Elle est conne, Vingt ans, n'est-ce pas, Fils?  et l'enfant doit répondre oui haut et clair alors qu'il adore ma fille), il a vu son père  mettre Vingt ans dehors en hiver en soutien-gorge, briser ses choses, crier après, l'emmener dans sa chambre pour la battre, garrocher ses perruques, la diminuer, l'insulter, l'arroser, cet enfant n'a pas le droit de pleurer, même pendant une fessée. C'est beaucoup d'éléments. On n'enquêtera même pas?

Je décide de rappeler pour faire mon propre signalement. Vingt ans avait raison, mon signalement qui est semblable au sien (c'est d'elle que je tiens mes informations) ne sera pas retenu. "Il faudrait quoi monsieur pour qu'on rencontre l'enfant?" "Il faudrait qu'il ait des problèmes de comportement, qu'il soit signalé par l'école par exemple, il faudrait des sévices physiques graves. Nous sommes une loi d'exception, nous ne pouvons nous immiscer dans les familles que pour des raisons graves. D'après ce que vous me dites, cet enfant n'a pas une vie idéale mais il n'est pas en danger. Le signalement ne sera pas retenu, madame." 

On garde cependant notre témoignage. Si jamais il y avait d'autres signalements qui s'ajoutaient, le fait que quelqu'un ait déjà appelé avant aiderait à les prendre plus au sérieux. 

17 commentaires:

unautreprof a dit...

Incroyable!

Une femme libre a dit...

C'est effectivement une loi d'exception. Si l'enfant avait été plus jeune, ça aurait été différent également. Là, il va à l'école, il a une mère qu'il voit occasionnellement, des grand-parents qu'il voit encore plus occasionnellement mais il pourrait potentiellement parler de sévices, si sévices il y avait, à ces personnes. Selon ma fille, la loi du silence est très forte dans cette maisonnée "ce qui se passe à la maison doit rester à la maison" et le petit gars et même ma fille obéissent à cette loi. Ma fille a passé des mois à ne dire à personne ce qui se passait. Le petit est habitué à faire ça depuis sa première enfance. Des tapes sur les fesses on a le droit d'en donner, élever un enfant sévèrement, on a le droit aussi. Pas simple.

Une femme libre a dit...

On a fait notre devoir. On ne peut pas faire plus.

unautreprof a dit...

Effectivement, s'il pouvait se confier à l'école, le signalement aurait plus de poids. Misère.

unautreprof a dit...

Plus de poids mais ne serait pas nécessairement retenu. Nous des fois, on refait régulièrement des signalements en espérant que ça fasse bouger les choses.

Une femme libre a dit...

Il faut faire et refaire et ne pas se décourager. Dans le cas du petit, il ne parlera jamais contre son père, alors dans les faits, même interrogé, rien de concluant n'en sortirait. Mais au moins, ma fille et moi, on a dit ce qu'on avait à dire. C'est déjà ça. S'il s'en tire plutôt bien, c'est probablement qu'il est un enfant très intelligent qui a su s'adapter à une situation difficile. Pas difficile tout le temps non plus, entre les accès de colère, le père peut rester tranquille et ma fille dit qu'il lui arrive aussi de lui donner de l'affection. Quand ça lui tente. Tout tourne autour de cet homme contrôlant et il aime beaucoup donner l'image d'une famille parfaite.

Une femme libre a dit...

C'est un enfant qui adore l'école et il aime rester au service de garde jusqu'à la fermeture.

Nanou La Terre a dit...

Maudit que ça me choque. Je suis hors de moi... Cela me rappelle tellement de souvenirs pénibles... Lorsque tu auras le temps, va lire un peu dans mes textes "Mon fils" et retourne quelques années en arrière... Il faut que l'enfant soit dans le fond de la chaudière, lorsque le mal est fait et, alors, ils interviennent, et encore... Je me suis battue, j'ai fait des plaintes contre 2 intervenantes de la DPJ. Elles ont été retenues.
Est-ce que vingt ans a été témoin qu'il battait le petit?

Nanou La Terre a dit...

On comprend que le petit aime demeurer au service de garde jusqu'à la fermeture, pauvr'tit pou...

Une femme libre a dit...

Nanou la terre, justement, il ne "bat" pas le petit. Pour moi, lever la main sur un enfant est inacceptable mais la loi dit que le parent peut "corriger" psysiquement un enfant entre deux et douze ans. Si des objets ne sont pas utilisés, qu'il n'est pas frappé au visage et que la correction est "raisonnable" (ne laisse pas de traces), c'est légal! Je le savais mais le gars des signalements à la dpj me l'a réexpliqué.

Cet enfant va dans une très bonne école, son père doit même payer pour ça, il a donc une bonne éducation, réussit bien, n'a aucun problème de comportement. Il en a de l'affection quand ça tente à son père.

Le plus dérangeant pour moi, c'est qu'il soit élevé dans la violence conjugale. On la lui apprend comme une chose normale. Le père le fait participer en le prenant à témoin, par exemple ma fille m'a dit que quand il était fâché, le père disait: "De toutes façons, Fils et moi, on en a assez de toi, hein, Fils." et l'enfant répond oui. Pas le droit au silence dans cette maison, quand on est interrogé, on parle. Ma fille a été arrosée et frappée quand elle ne répondait pas. Le petit, qui est brillant, a vite compris le comportement désiré et il s'y plie.

J'ai lu tes billets, tu le sais bien et cette non-intervention a certainement joué dans les problèmes que ton fils vit aujourd'hui.

Nanou La Terre a dit...

Bien sûr Femme Libre ça a joué. Et ce petit ne sera pas sans problèmes plus tard, malheureusement. Quel imbécile, quel idiot ce Joblo... Je lui mettrais bien un pétard dans le derrière tient...

mijo a dit...

C'est scandaleux que vos deux dépositions ne soient pas retenues. Il leur faut quoi à la DPJ ? Un drame ?!!
Pourtant ils doivent savoir que le père est sous le coup d'accusation de violence conjugale.

Tiffany a dit...

Pauvre petit loup. Si ce n'est pas de la violence verbale, c'est du moins de la violence psychologique. Espérons que d'autres signelements suivront. Et sa mère? Elle ne sait pas dans quel environnement son fils vit? Elle ne veut pas porter plainte?

Une femme libre a dit...

Mijo,
Selon les lois du Québec, il faut que l'enfant soit en danger. Il a un toit, il est nourri et va dans une bonne école. Il est "corrigé" avec les mains et ça n'arrive pas tous les jours et c'est permis par la loi ça aussi. J'ai également dit que l'enfant regardait la télé dans le salon tout à côté de la chambre quand le père avait des relations sexuelles dans la chambre avec deux femmes. "C'est certainement une erreur de jugement mais pas de la maltraitance, madame."

Une femme libre a dit...

Tiffany,

Ma fille ne connaît pas la mère et Joblo refuse d'en parler. Cependant, dans les cas de violence conjugale, il n'est pas rare que les femmes violentées laissent la garde au père. Il aura de toutes façons toujours des droits de visite, il va se battre en cour, c'est un beau parleur, il la diminue constamment aux yeux des enfants et l'enfant est un instrument pour continuer à la dominer.

Dans le cas de Joblo, il a la garde totale et c'est lui qui décide quand le petit va chez sa mère. Il le conduit et va le rechercher. Contrôle total. Et ma fille est certaine que jamais le petit ne parlera contre son père. "Ce qui se passe à la maison reste à la maison" est le mot d'ordre dans cette maisonnée et ma fille aussi respectait ça.

Une femme libre a dit...

Et il est possible que cet enfant s'en sorte dans la vie. Difficile de prévoir d'une façon certaine. En tout cas, à huit ans, il réussit bien à l'école, fait trois heures de musique par jour (il va dans une école spécialisée), étudie beaucoup et pratique son piano tous les soirs. Quand je l'ai vu, l'année passée, je l'ai trouvé tout à fait gentil. Il cherche toujours l'approbation de son père du regard, mais sinon, il a l'air tout à fait normal. Probable que s'il y avait enquête, il n'en sortirait rien du tout. Des enfants piteux et visiblement pas dans leur assiette, il y en a tout plein. La dpj a les mains pleines déjà. Ce petit-là n'en fait pas partie à l'oeil en tout cas.

Une femme libre a dit...

Non, la mère ne sait pas du tout dans quel environnement son fils vit. Possible qu'elle n'ait même pas l'adresse. Tous les déplacements sont faits par le père.