mardi 12 septembre 2017

Ma mère, féminisme et arts ménagers

Ce billet est en réponse au commentaire de Gen qui se désole de la disparition des savoirs ménagers. 

Quand ma mère est née, les femmes n'avaient pas le droit de vote. Quand ma mère s'est mariée, elle a été obligée de quitter son emploi à l'assurance-chômage parce que les femmes mariées n'avaient pas le droit de travailler pour le gouvernement. Elle n'a plus jamais travaillé à l'extérieur de la maison par la suite. 

Elle savait coudre à la perfection. Faisait tous nos vêtements et ceux de bien des voisines! Comme elle était douée, on faisait beaucoup appel à ses services, bénévolement évidemment. Mais de toutes façons, elle aurait refusé qu'on la paie si on lui avait offert de l'argent. Chez nous, on ne vendait rien mais on donnait beaucoup. 

Mon père était dans plein de comités et de conseils d'administration et ils sortaient beaucoup. Elle demandait qui serait à la soirée ou à la réception et si elle pensait que quelqu'un avait déjà vu ses robes, elle s'en fabriquait une autre, la même journée! Elle faisait ses propres patrons et était vraiment très créatrice. 

Le tricot, elle savait faire mais elle préférait nettement la couture. D'ailleurs, Gen, elle me faisait aussi du linge de poupée, tout comme tu en fais peut-être pour les poupées de ta fille! Et comme tu vois, je m'en rappelle encore. 

Par contre, la cuisine, elle détestait ça et elle déteste tout autant aujourd'hui. Heureusement, elle s'est trouvé un chum qui fait la cuisine et elle n'y met pas les pieds quand il est là! Mettons que des Kraft Diner et du ragoût de boulettes en boîte, on en a beaucoup mangé dans ma jeunesse eheh! Et mon père nous emmenait souvent au restaurant. 

L'époque de ma mère, c'est celle de ta grand-mère, Gen et je sais que tu l'aimais beaucoup ta grand-mère. Pas vraiment de contraception dans ce temps-là, beaucoup de familles nombreuses. Ma mère a été en avance de son temps car elle a demandé et obtenu la ligature des trompes après seulement trois enfants. Elle a dû aller chez les Anglais, à l'hôpital juif en fait, parce que la procédure lui a été refusée dans son hôpital de quartier. 

Quand moi je suis née, je pouvais faire tout et n'importe quoi. Le chemin avait été tracé par la génération de ma mère. Je me suis toujours sentie libre. Alors que les arts ménagers soient pour les filles seulement, ça choquait.  Ce qui était sous-entendu par ce sexisme éducatif, c'est bien que les garçons n'avaient pas besoin de connaître quoi que ce soit à la tenue de maison car ce sont leurs femmes qui s'en occuperaient. Et dans les années soixante, cette façon de penser était déjà dépassée.

Ceci dit, c'est vrai que c'est une richesse de savoir et coudre et broder et cuisiner et tricoter! Cuisiner, c'est vraiment gagnant et à la mode dans la société actuelle et ceci pour les deux sexes et c'est excellent! Coudre et tricoter, c'est plus rare et donc encore plus précieux pour ceux qui savent. Je me demande si ça s'enseigne encore dans les écoles régulières, le sais-tu? Chose certaine, si c'est le cas, les deux sexes apprennent et c'est très bien comme ça. 

14 commentaires:

Gen a dit...

Merci pour cette histoire de famille! :)

Je connaissais bien le contexte (ben oui, j'suis historienne et, en effet, c'était la génération de ma grand-maman... quoique ma grand-maman, qui aurait 95 ans, était peut-être un poil plus vieille).

Et c'est drôle, car ma grand-maman a eu trois garçons avant d'avoir ma mère, alors au lieu de réserver les tâches ménagères aux filles, elle a appris à ses garçons à cuisiner, à coudre des boutons, à laver le linge... et elle a laissé mon grand-père leur montrer à repasser (ancien militaire, il excellait à presser des pantalons, au point de ne pas laisser ma grand-mère toucher au fer à repasser! lolol!)

Et dès qu'il a été légal pour les femmes mariées de travailler, elle est retournée travailler à l'extérieur.

Pis pour la contraception... c'est ma grand-maman qui m'a appris à "compter les jours" et à suivre mon cycle menstruel! lol! Elle a eu juste 4 enfants alors que ses soeurs en avaient 10-11. Je sais pas d'où elle tenait ce savoir par contre! (et je ne le saurai jamais je suppose)

Mais ma mère avait la même attitude que toi vis-à-vis des arts ménagers : elle a eu quelques cours à l'école (pas beaucoup, car elle allait dans une école publique mixte, avec classes séparées, mais grille horaire identique pour les deux sexes, sauf pour les arts ménagers, qui étaient remplacés par de l'éducation physique pour les garçons) et elle a trouvé ça super sexiste que ce soit réservé aux gars. Surtout qu'elle trouvait ça inutile.

Cela dit, j'ai l'impression que ma mère a vécu un espèce contre-coup post-féministe : je crois qu'on lui a enseigné qu'elle pouvait tout faire, mais qu'elle s'est découragée en voyant les plafonds de verre et rôles traditionnels qui imprégnaient la réalité. A la fin de sa vie, elle était très amère et très malheureuse d'être née femme et se désolait qu'on le soit aussi.

Et non, coudre et tricoter ne s'enseigne plus dans les écoles régulières. Le dernier cours "D'économie familiale" (qui montrait les bases de tricot, couture et cuisine aux deux sexes) a été retiré des grilles horaires quand j'étais encore au secondaire (et déjà il était optionnel : ma mère m'avait inscrite en théâtre pour que je n'aie pas à le faire). Ils parlent de le remettre en place (ça et le cours d'Économie), mais je n'y crois pas trop : avant que nos dirigeants remettent à l'horaire des cours qui permettent d'économiser, les poules auront des dents!!!



Une femme libre a dit...

Ma mère a trois ans et demi de différence avec ta grand-mère, elles sont donc de la même génération. Il y a plus que juste les générations évidemment et chaque famille est un cas d'espèce, comme ta grand- mère qui a initié tes oncles aux tâches ménagères. La méthode du calendrier ( la méthode Ogino) était très connue et pratiquée à l'époque car c'était la seule acceptée par l'église. On l'appelait aussi la méthode de l'abstinence!

Je voudrais que mes enfants aient le souvenir d'une femme heureuse quand ils parleront de moi après ma mort. Je travaille fort pour que ce soit le cas.

Ça m'aurait surprise que le cours d'économie familiale soit encore à l'horaire. Le cours d'économie tout court revient par contre, me semble que c'est tout à fait officiel. Et il y aurait l'éducation sexuelle à caser quelque part à l'horaire, mais ce n'est pas encore fait.

Gen a dit...

@Femme libre : Ce que ma grand-mère m'a enseigné n'était pas tout à fait la méthode Ogino classique (si j'ai bonne mémoire, la méthode fut permise par le pape vers 1950... à cette époque, ma grand-maman avait déjà eu mes oncles, des naissances espacées de quatre années bien comptées). Ma grand-maman se repérait aux phases de la lune (pas fou dans le fond : un cycle "classique" a 28 jours)- elle en comptait 4 : croissante, pleine, décroissante, nouvelle et leur donnait 7 jours chacune - disant qu'on saignait toujours dans la même phase, et donc qu'on était fertile deux phases avant, pendant une phase. Je soupçonne une vieille tradition celte là-dessous.

(Quelques curieuses traditions irlandaises se sont transmises jusqu'à ma grand-mère, comme le fait de couvrir les miroirs quand il y a un décès.)

Reste que les femmes de la génération de ma grand-maman et de ta mère étaient fortes. Elles ont vraiment secoué les stéréotypes "de l'intérieur", ne serait-ce qu'en faisant les devoirs de tricot de leur fille! ;)

Pas mal sûre que vos enfants vont se souvenir d'une femme heureuse! :)

Pour le cour d'économie, oh, oui, oui, c'est officiel... mais ils savent pas ni quand, ni comment, ni le programme qu'il contiendra, ni si ce sera une option ou pas! O.o

Une femme libre a dit...

Ah! Oui, les cycles de la lune! J'ai déjà acheté un livre sur le sujet. C'est pas mal ésotérique mais pas mal intéressant aussi. Elle était le fun ta grand-mère, je comprends que tu l'aies autant aimée. Je suis moi-même devenue ésotérique depuis la mort de ma fille car j'ai cette nouvelle croyance que nos morts nous accompagnent. Je ne m'ennuie pas de ma fille décédée car je la sens toujours avec moi. Curieux, non?

Gen a dit...

La mort a tendance à rendre certaines personnes ésotériques. Si ça aide à gérer le deuil, pourquoi pas? (Personnellement, j'ai une vision très "romaine antique" de la mort : je crois que nos morts vivent tant qu'on s'en souvient. Mon chum trouve ça assez bizarre! lol!)

Nanou La Terre a dit...

J'adore tricoter, crocheter, surtout l'hiver, quand la neige tombe. Et je sais aussi faire de vrais boudins comme dans l'ancien temps, avec des guenilles. C'est ma grand-mère qui m'a montré tout ça. Elle est née en 1906 et partie depuis longtemps. Elle m'a aussi mis sur les lèvres des rouges à lèvre qu'elle conservait depuis les années 30 et il m'a fallu 1 semaine pour le faire partir complètement. Ça, c'était du rouge à lèvre... hihi.

Une femme libre a dit...

Gen,
Oui, nos morts vivent tant qu'on s'en souvient et je ne voudrais pas qu'elle soit oubliée!

Une femme libre a dit...

Ta grand-mère a su t'enseigner les arts ménagers, Nanou et tant mieux si tu aimes toujours ça. Tu vas essayer de transmettre à ton fils? De plus en plus d'hommes tricotent, c'est devenu in. Et zen aussi!

Zoreilles a dit...

Ta mère me semble une femme tellement intéressante, elle doit avoir beaucoup de belles histoires à raconter. Tu dois passer de bons moments avec elle et même si elle prend de l'âge, l'essentiel est toujours là, j'en suis certaine.

Et tu sais quoi? Cela ne m'étonne pas que tu sois sa fille même si je te connais pas beaucoup, parce que quand on lit une personne depuis un bon moment, on finit par connaître cette personne de l'intérieur alors de l'intérieur, ta mère et toi, vous vous ressemblez beaucoup, je trouve.

Une femme libre a dit...

Je trouve aussi qu'on finit pas connaitre une personne qu'on lit, des fois, on la connait même mieux que certaines personnes qu'on connait dans la vraie vie et avec lesquelles on en sait finalement moins. Étrange. Les auteures de blog que j'ai rencontrées pour vrai sont devenues intimes rapidement. On savait plein de choses déjà l'une sur l'autre et des choses importantes et vraies. Précieux!

Pur bonheur a dit...

Je gerais ma fécondité avec la méthode Billing qui consiste à calculer notre cycle en prenant la date du début de nos règles et à reculer de 14 jours pour obtenir le jours de notre ovulation peut importe la durée du cycle en question. Moi par exemple je avais un cycle de 31 jours j'ovulais donc le 17 ou 18e jours. Je devenais enceinte immédiatement. Faut dire que cette fertilité m'à donne beaucoup de problèmes à la menaupose ou je suis devenue enceinte 3 fois sans l'avoir planifier ...suivi de fausses couches horribles...

Une femme libre a dit...

Tu as fait la méthode Billing? Le gros avantage, c’est qu’il n’y a rien de chimique ou de dommageable pour la santé là-dedans.

Pur bonheur a dit...

Oui, j'ai fait la méthode Billing, vieille méthode mais très efficace dans mon cas. Mes deux enfants ont été conçus avec cette méthode et je devenais enceinte dès le premier mois d'essai. Les jeunes ne la connaissent pas et c'est dommage je trouve.

Une femme libre a dit...

C’est une méthode encore utilisée. C’est moins efficace que la pilule et ça demande une grande discipline, probablement pour ça que ce n’est pas pour tout le monde.